Lâche moi ou les revenants
P E R S O N N A G E S
JULIETTE
LE BARMAN
COLIN
MARCEL
LE VENDEUR DE MARRON CHAUVE
LE PETIT JOUEUR D’ACCORDÉON
LE PÈRE NOËL
LA MÈRE ET SES DEUX GOSSES
LA VOISINE HYSTÉRIQUE
LE SCOUT DE LA CROIX-ROUGE
LES DEUX CLOCHARDS DU MÉTRO
LA GRAND-MÈRE ET LE GOSSE
HASSAN
LA PETITE FILLE AU CHIEN
LA PIANISTE
LA MÈRE LES MÈRES
LES CLOWNS
SÉQUENCE 1 : Ext./Jour Mains et photo
On entend un feu crépiter, un peu de vent qui fait claquer des toiles ou des tissus...
On voit une photo (subjective) d’une petite fille d’environ 5 ans qui sourit.
Elle a une petite robe d’été et est sur la plage, elle est dans les bras d’une femme
dont on ne distingue plus que les bras, vu que le reste a été grossièrement découpé!..
Au début l’image est floue puis au fur et à mesure, la photo se rapproche, elle devient nette.
On s’aperçoit que ce sont des mains d’homme sales avec des mitaines qui les rapprochent
de l’objectif jusqu’à la coller sur la lentille (comme quelqu’un se collant quelque chose sur
l’oeil pour pouvoir le distinguer).
VOIX DE COLIN
Tu vois, c’est moi qui l’ai faite!
La photo s’éloigne et redevient floue puis en passant sous la vision d’un autre à sa droite
dont on distingue les mains qui prennent la photo, la vue devient normale...
VOIX DE MARCEL
La vache!
VOIX DE COLIN
Très sérieusement...
C’est pas une vache, c’est ma fille.
VOIX DE MARCEL
Ben je sais qu’c’est une fille! C’est
manière de dire quoi!
VOIX DE COLIN
Ah. Elle s’appelait Juliette
VOIX DE MARCEL
Elle est morte?
VOIX DE COLIN
Meuh non!
VOIX DE MARCEL
Ah.
Les mains de droite redonnent la photo aux mains en mitaines pourries et la photo
de la petite fille redevient floue...
La musique du thème démarre avec le titre...
SÉQUENCE 2: Int/Jour Brasserie
On est dans une brasserie à l’heure de pointe...
Les plats défilent au comptoir de sortie des cuisines...
Juliette arrive en courant et se penche par la fenêtre des commandes...
C’est une jeune femme pressée, d’environ 25 ans, nerveuse et pas spécialement sympa
au premier abord mais avec une bouille enfantine qui pourrait en dire long...
JULIETTE
Une « moule frite » Sauvignon et un faux-filets pour la 9!
Ils attendent toujours les « vanille poires » à la 23, grouillez les mecs! C’est pas vous
qui vous faites engueuler!
UNE VOIX
Ça roule poulette!
Tiens! Deux plats passent en glissant...
Un « bleu-frite », et une « semelle-haricot » pour madame!!!
Juliette, rouge et en sueur, traverse la salle en fusion avec son plateau. Des commandes
retentissent de partout, elle sert une énorme dame et un tout petit monsieur.
Elle va au bar et y dépose des commandes...
JULIETTE
Deux pressions pour la 23, quatre cafés pour la 11, une grenadine sirop
et trois cocas pour la 2 et...
Elle est toute pâle, s’embrouille dans ses papiers et s’appuie au bar...
LE BARMAN
Oh! Ça ne va pas toi hein?...
JULIETTE
Surprise, elle le regarde, ses yeux se mettent à briller puis, doucement, elle réalise...
Non, ça ne va pas.
UNE VOIX
Juliette!!! Ça traîne-la!!
Elle se retourne brusquement et hurle à son tour...
JULIETTE
J’arrive !!!
SÉQUENCE 3 : Ext./Matin Les quais
On est sur les quais du centre de Paris. Il pleuviote sur la Seine.
Un bateau-mouche passe.
Un tas de touristes photographie en s’extasiant dans notre direction...
La tête de Colin, ravie et respirant pronfondement apparaît...
C’est un clochard d’environ 45 ans, avec une drôle de bouille enfantine, des lunettes triple foyer
une casquette de soldat, une sale veste de survêt’ bleue, des mitaines, un sac rose en bandoulière...
On reconnaît la voix de la séquence de la photo...
COLIN
Aaaah! L’air du large!
Sur le quai en question, on le voit sur la pointe des pieds, la tête hissée au-dessus
d’un carton plié en paravent vers la Seine...
COLIN
Tu vois, personne te voit derrière ce truc.
MARCEL
Si toi!Même si tu es bigleux tourne-toi s'il te plaît ça m'coince! Merci.
Colin se marre en douce en constatant que tout un bateau est en train de voir le cul de Marcel...
Colin se penche encore plus pour lui parler
COLIN
Dis...
MARCEL
Bon! Ça va oui? Tu vois pas que tu gênes?...
COLIN
Pardon! Une pause... Ça y est?... Bon...
Une pause... Dis, c’est au 14... Une porte rouge... Au 14... T'oublies pas tout ce que j't'ai dit hein?...
Que je pense à elle, pis, que je l'aime!..
Ça c'est important l'amour... Alors j’attends et quand tu reviendras tu me raconteras tout...
MARCEL
En se reniflant... Putain de chien d’la mort c’est pas vrai ça!
COLIN
...Si elle a grandi, tout ça... Puis, poussant un cri, comme une mère, réalisant d’un seul coup...
Pourvu qu’il lui soit rien arrivé!
MARCEL
T’aurais pu p’être t’en inquiéter avant non?
COLIN
Tu as bien l'argent hein?…
MARCEL
Ben vu ce qu'il m'a coûté, je sais où il est crois-moi!
COLIN
Hon! C'est moi qui l'ai gagné!
MARCEL
Ouaih! Mais pendant la baston... Il se lève, pousse le carton-paravent et se ratiffe...Marcel apparaît.
C’est un jeune animal d’une trentaine d’années, à l’air teigneux, vulgaire et arrogant. Il a une espèce
de crête de cheveux sales, un vieil anorak pourri et la bougeotte dans les jambes
... Si j'avais pas été là pour te défendre yaurait plus d'sous puis plus d'Colin non plus crois-moi!
COLIN
C'est normal! T'es plus fort!… Alors c'est toi qui prends les coups… C'est normal… Moi je faisais rien qu'à
chanter une p'tite chanson… Honnêtement…
À ce moment, un chien errant passe au-dessus d’eux et n’arrête pas de leur aboyer dessus...
MARCEL
Le singeant... Honnêtement!!… Oh ! Traite-moi de voleur tant que t'y est!…
COLIN
Toi, voleur?… Il cherche puis répond sincèrement... Non.
Une pause... Écoute, écoute Marcel, on s'en fout… Ce que je te confie là, c’est ma vie t’entends?... Alors je t’attends et ...
MARCEL
Bon, bon, ça va, j’ai compris!... Tu m’as déjà tout expliqué 150 fois alors ça va, j’ai compris!... J’y vais d’accord ...
Oh! Il va se taire le cleps!!!
Le chien s’arrête deux secondes et reprend de plus belle...
COLIN
Heu... Tiens au fait, je t’ai trouvé un beau cigare comme tu les aimes, tiens... Marcel
le prend après l’avoir reniflé et l’empoche,
il regarde méchamment le chien... Puis, Colin, très embêté, mais tenant absolument
à ce que Marcel soit présentable...
Heu... T’as un fil...
MARCEL
Quoi?
COLIN
T'as un fil, là...
MARCEL
Marcel l’arrache violemment... Voilà! Ya plus de fil!
COLIN
Et reste poli, ne lui fais pas peur hein?...
MARCEL
Ça va, ça va, ne m’énerve pas! Exaspéré par les aboiements... Oh!!!
Le chien s’arrête et le regarde goguenard...
Colin l'époussette encore un peu... Bon, j’y vais...
Marcel s'éloigne, le chien aboit une dernière fois et le suit...
Colin reste planté à le regarder partir, puis il range le paravent sur le côté, pousse le bidet
qu’il y a derrière pour le vider dans la Seine, s’assoit dessus, se roule une cigarette,
les coudes sur les genoux et, attend...
SÉQUENCE 4 : Ext./Fin de journée Grands boulevards
On est dans une vitrine chic. L’étalagiste vient de placer en décor la photo d’une petite fille modèle
qui offre des fleurs à ses parents. Autour de cette photo, il y a des poupées à l’ancienne...
Dans le reflet de la vitre, la foule ondulante se devine...
C’est la sortie des grands magasins à Paris.
Des hauts -parleurs diffusent une musique commerciale.
La foule glisse autour d’un vendeur de marrons chauds, chauve et musclé.
À ses pieds, un môme, sale, joue de l’accordéon et chante faux une rengaine parisienne en Tchèque.
Une mère accompagnée de ses deux enfants semble complètement offusquée...
LA MÈRE
Quel scandale!!!
Un père Noël à l’air sadique mais complètement crevé, Ies regarde partir d’un air mauvais, il est vraiment repoussant!...
LE PÈRE NOËL
Il est pourtant bien mon costume... Pfff! Ya plus d’rêves!
Dans un coin, on tombe sur Colin qui rigole de la scène en finissant une bouteille...
COLIN
C’est normal! Change de costume! on est au mois de janvier! Regarde! Moi j’ai fait les soldes!.. Il fait la dame
avec un sac de soldes en guise de veste sur le dos... Tout de suite ça fait chic!
LE PÈRE NOËL
Peuh! Il lui pique sa bouteille...
COLIN
Regarde... Il se met dans la foule comme on se met à l’eau... Eh, M’sieurs Dames!... C'était bien vos courses ?
Il sont pas trop lourds vos sacs ?...
La foule glisse autour de lui... Eh! Courrez pas si vite! J'ai kekchoses à vous dire...
SÉQUENCE 5: Ext./Jour Rue
Marcel marche dans une petite rue piétonne du centre.
En passant devant un étalage, il vole une banane, l’avale d’un seul coup et met la peau dans sa poche.
Il cherche le N° de l’immeuble...
MARCEL
12... 12 bis... 12 ter!... Ils s'foutent du monde... Ah! 14, quand même! Bon.
Il hésite, ouvre la porte de l’immeuble et entre...
SÉQUENCE 6 : G. magasins (Suite)
Colin est en train de finir un poème qu’il récite lyriquement, au milieu de la foule indifférente...
COLIN : “...Mais ses yeux, deux saphirs, miroitaient de temps en temps,...
On entend le Père Noël cracher comme un Kozaque... Colin lui envoie un regard d’artiste gêné...
...Aux éclats des étoiles qui se croisent en chantant...”
Et voilààà... Bon... c’est beau non?...
On le bouscule...
Et vous ?... zêtes beaux de loin ou moches de près ?....
Il tombe... C’est quoi votre camp ? Hein ?... La littérature qui berce, qui aide à faire dodo ?
Ou les photos sans légendes en gris et noir ?...
Il se relève en lissant son sac précieusement et se reprend, commercial...
Allez M'sieur-dames, c'est la vie quoi! À votre bon coeur comme on dit !...
...Regardez ces p'tites pognes, ces p’tites mi mines toutes vides ! À vo'te bon coeur M'sieur-Dames !..
La foule indifférente continue à le bousculer sur son passage...
Colin est complètement blasé. On a d’la chance, pourrait pleuvoir !...
Il se met à pleuvoir. Le père Noël bidon s’est endormi dans un coin... Colin s’approche et le regarde...
Alcoolique !
Il lui reprend sa bouteille à moitié vide et s’en va...
SÉQUENCE 7 : Int/jour Immeuble Juliette
Les pieds de Marcel montent des marches. Aussitôt, la minuterie s’éteint...
MARCEL
Merde! Il cherche la lumière en tâtonnant, bouscule un truc qui tombe, un chat miaule brusquement
et lui fait peur, il trouve le bouton...
MARCEL
Ah! On entend des serrures s'actionner, une porte s'entrouvre...
Une hystérique moche aux cheveux bleus surgit de derrière la chaîne de sécurité.
LA VOISINE HYSTÉRIQUE
Qu'est-ce que vous me fichez-là ?... Qui êtes-vous d'abord ?... Je vous préviens,
j'appelle les flics moi !...
MARCEL
Et voilààà !...
LA VOISINE HYSTÉRIQUE
Quoi et voilà ?...
La porte à côté s’ouvre brusquement. C’est Juliette qui cherche ses clés dans un grand sac jaune
en vinyl, et elle les surprend tous les deux...
MARCEL
Oh ! Mais vous avez une porte rouge ! C'est, heu... C'est vous Juliette ?.. Juliette est saisie dans son élan...
LA VOISINE HYSTÉRIQUE
Ah bien sûr! Je me disais aussi... Vôtre Ami s'est trompé de porte Mademoiselle !...
Elle claque la sienne...
JULIETTE
Pffff !...
MARCEL
B’jour mamzelle... Heu... Zêtes bien Juliette ?...
JULIETTE
...
MARCEL
Ben oui !... Surpris de voir une femme et non l’enfant dont lui parle sans cesse Colin...
La p’tite qui fait du vélo quoi... Vous avez rudement grandi dis donc !
JULIETTE
Quoi ?... La minuterie s’éteint de nouveau...
Oh c'est pas vrai!
MARCEL
Attendez... J'sais où est le bouton maintenant... Et merde!... Il trébuche à nouveau, remarche sur le chat, etc...
JULIETTE
Aaaah! Ne me touchez pas hein ?...
LA VOISINE HYSTÉRIQUE
De derrière sa porte... C'est pas fini ce boucan ?... Tapages nocturnes, tapages diurnes,
ça va pas durer moi je vous le dis !...
JULIETTE
Calme et pour elle... Je vais la tu-er...
La lumière se rallume...
MARCEL
Qui se veut rassurant...
Voilààà.
JULIETTE
Mais qui êtes-vous d'abord ?...
MARCEL
Euh, ben, je vous attendais, j’suis un ami d’vote papa...
JULIETTE
De qui ?... Juliette reste figée...
On la retrouve lancée dans les escaliers, avec Marcel qui essaye de la suivre...
JULIETTE
...Il est encore vivant lui ?...
MARCEL
Pour sûr ! Je l’ait encore croisé c’matin!...
JULIETTE
Amusée... Vous êtes un de ses amis ?...
MARCEL
Légèrement décontenancé... Ben ouaih ! J’suis son pote quoi !
JULIETTE
Ah... C’est marrant, je l’imaginais... chercheur d’or au Brésil ou...
engagé dans la Croix-Rouge tiens, c’est bien ça, l’humanitaire !... Enfin... loin d’ici en tout cas.
Elle continue sa course dans l'escalier...
MARCEL
Simple... Aaaah. Ben, il a dû bien voyager ! ...Non mais maintenant il est rentré avec nous.
JULIETTE
Avec évidence... J’en ai rien à faire!...
Puis, elle s'arrête... Avec qui ?... Elle supporte mal l’odeur de Marcel...
MARCEL
Agressif...
Avec nous, les anges !
JULIETTE
Aaaatchoummm !!...
MARCEL
À vos souhaits !
JULIETTE
J’ai pris l’habitude de ne jamais rien souhaiter merci. Elle se mouche...
Les anges... En se moquant...
Ben on n’est pas dégoûté de soi, c’est toujours ça de gagné!... un temps...
Puis, de toute façon je m’en fiche! Elle reprend sa course dans l’escalier...
Qu’est-ce qu’il a? Il est mort, malade, blessé?...
MARCEL
Non... Il est vivant... Marcel l’arrête par l’épaule et prend d’un seul coup l’air très sérieux... Il a juste faim Mamzelle...
JULIETTE
Faim?... Je croyais que les anges, ça ne bouffait pas...
Elle lui vire sa main de son épaule...
Puis les clochards, ça a toujours faim, ça c’est normal non?... Faut s’y attendre... Et la nuit tombe tous les jours, ça n’a jamais étonné personne... Elle ressort son mouchoir... Aaaaatchoummmmm!
MARCEL
Mais mamzelle, c’est votre père tout d’même!... Ils sortent dans la cour...
JULIETTE
Oui... Merci, je n'avais pas compris...
MARCEL
Mais puisque je vous dis qu’il a faim!
JULIETTE
Mais puisque je vous dis que ça ne m’étonne pas!
MARCEL
Mais enfin!... Vous pourriez faire quelque chose tout d’même!...
JULIETTE
Elle se retourne vers lui pour le couper dans son élan… Ah oui c’est vrai, il est clochard !
Suis-je bête tout de même! Où avais-je la tête?...
SÉQUENCE 8 : Ext./Jour Sortie de l’immeuble Juliette
Ils arrivent dans la rue, Marcel courant toujours après Juliette...
Il s’essouffle avec une jambe qui semble lui faire mal et il ne trouve plus rien à lui dire quand,
embêté par un chien qui lui attrape le bas de son pantalon, il est obligé de se retenir à un poteau.
Juliette est sur le point de lui échapper...
MARCEL
Aaaah! D’accord!... Zavez pas d’coeur en fait, c’est ça! On nage dans l’assurance et on a l’coeur bien au sec...
Zavez pas d’coeur en fait, oui c’est ça!... Vous êtes une fille qui n’a pas d’coeur!...
JULIETTE
Pas de coeur?... Attends!
Franchement offensive, elle revient pour lui marcher dessus...
T’es qui pour connaître le coeur des autres hein?...
Elle fouille dans son sac et cherche de l’argent... Allez! Prends ça pour lui et oubliez-moi tous les deux,
le père comme le pote!... Je m’appelle Juliette et je suis une grande fille ok?... Mais j’ai quand même
pas atteint l’âge de nourrir un père débile!... Moi, j’ai juste les jours fériés tu vois. Les cernes, là,
c’est pas l’alcool et la Misère de vivre, c’est le travail dans la joie ! Mais je suis contente comme ça...
ça me convient parfaitement. Maintenant vous allez m’excuser justement j’y allais, pardon,
je voudrais passer,
Planté de stupeur, il se pousse de lui-même... ..Merci.
Ciao!... Et bonnes vacances à tous les deux!...
MARCEL
Au revoir Mamzelle...
Juliette s'éloigne et tourne à un coin de rue.
Marcel, genre, “je me remets mine de rien de mes émotions”, s’allume tranquillement son cigare, et,
discrètement, met un coup de pied au chien qui ne l’a toujours pas lâché! Puis il compte les billets...
Ah, Ah, Ah... Deux cents balles!...
En sortant les billets de Colin il secoue sa cendre négligemment sur la boîte que lui tend naïvement
un petit scout de la Croix-Rouge...
Merci p’tit.
Avec les talbins d'papa, ça fait... Oh! Putain Marcel!... T’as pris la monnaie!...
Et il s’éloigne gaiement.
SÉQUENCE 9: Ext./Jour Métro
On est sur un quai de métro aérien.
La rame de métro où se trouve Juliette s’arrête devant un groupe de clochards qui devisent entre deux coups de rouge.
Ils sont assis devant une immense affiche publicitaire où un chat Persan pose devant sa boîte de Canigou de Luxe.
Le métro sonne pour repartir, elle les aperçoit et les regarde à travers la porte qui va se refermer...
Alors que le métro démarre, elle se retourne pour continuer de les voir, le plus possible, avant le virage.
Le visage de Juliette derrière la vitre s’éloigne...
SÉQUENCE 10 : Ext/jour Zoo
On est dans un vieux Zoo genre Vincennes.
Quelques animaux râpés et tristes passent sous nos yeux : un lion décati, deux vieux singes se disputant,
des oies se balançant nerveusement puis, une cage vide sur laquelle on peut lire :
ANCIEN QUARTIER DES SINGES
TERRAIN DÉSAFFECTÉ
INTERDIT
Une vieille grand-mère apprêtée, avec son petit chien dans les bras, comme on tient un bébé, suivi de son petit garçon,
à la traîne,. Il passe devant la cage et lit la pancarte...
LA GRAND-MÈRE
Avec un petit accent... Viens mon chéri, il n’y a rien à voir c’est désaffecté.
On se rapproche et on passe à travers les barreaux jusqu ‘à la porte du fond qui donne sur une salle obscure.
On commence à entendre des éclats de voix...
On reconnaît Marcel et Colin qui se disputent...
MARCEL
Ben alors quoi?
COLIN
Tu vas répondre Nom de Dieu!!
MARCEL
Ouaih je l'ai vue, elle va bien, elle va bien...
COLIN
Alors? Il lui est rien arrivé de grave au moins?
MARCEL
Ah, ça...
Marcel est sur un vieux pneu suspendu par une chaîne avec Colin, à moitié sur lui, qui le tient par le col.
Lui reste plutôt flegmatique, tandis que Colin est surexcité...
COLIN
Arrête de te balancer! Comment qu'elle est hein?...
MARCEL
Elle est... Il rallume son cigare... plutôt mignonne hein? Mmmm... Un peu revêche peut-être!
COLIN
Il l’empoigne... J’t’ai confié un truc important, tu m’as promis de pas déconner sinon...
MARCEL
Holà! Du calme papa! Du calme! Je plaisante ça va, ça va! Tout s'est bien passé... Tout s’est bien passé je te dis!...
COLIN
Et l’fric? Tu lui as donné l’fric?....
MARCEL
Bien sûr!..;
COLIN
Tu lui as donné hein?...
MARCEL
Qu’est-ce que je viens de te dire?...
COLIN
Mais... qu’est-ce qu’elle a dit?...
MARCEL
Ben... Oh rien de très important vieux... Il se lève et Colin tombe par terre... On va boire un coup?...
COLIN
Un temps de réaction... Reste ici! je te vois pas! Elle t’a dit autre chose quand même!.. Qu’est-ce qu’elle t’a dit?... Réponds !!!!
MARCEL
Ooooh ben, rien de très brillant pour toi en fait, voilà!
COLIN
Quoi?... Mais quoi?... Parle! parle! parle!... Parle bon sang!
MARCEL
Excédé... Ben, ...Elle a dit, ... elle a dit que ça faisait longtemps qu’elle avait plus d’père et qu’elle croyait même qu’il était mort,
très loin d’ici... pour une histoire d’or je crois... Heu, qu’elle avait déjà donné heu... à la Croix-Rouge tiens, chesplus moi!...
Désolé vieux...
COLIN
...
MARCEL
Bon! Mon gosier m'attend, moi... Allez, tu viens?... Il va pour s'en aller... Ça va?... Oh! Colin?...
Ben dis donc, en tout cas, je ne regrette pas de pas en avoir moi!... Aah ça non.... Les lardons c'est rien que des problèmes en plus!...
COLIN
La ferme!
MARCEL
Bon...
Il se rapproche un peu de Colin qui est étrangement prostré...
Ben, j’vais... nous faire quelques courses hein?.. des petites courses quoi... Hein?... Bon... Ben, viens, tu m'attendras à la sortie
en faisant la manche hein ?... Ça te changera les idées tu verras, allez viens quoi !
De toutes les façons, on peut pas rester là, la nuit, les animaux, ils poussent des cris pas sympas et puis ils ferment
les grilles et je peux plus avec mon genou là, déconne pas...
COLIN
Je m'en fous !
MARCEL
Allez, on va se faire enfermer Colin... Il le prend par la manche...
COLIN
Aïe!
MARCEL
Ben oui : aïe! alors bouge! Il le lève...
COLIN
Pfffff...
MARCEL
Je vais nous chouraver plein d'trucs tu vas voir... Ils s'éloignent...
COLIN
Je m'en fous, j'ai pas faim!
Puis j’fais plus la manche!
C’est fini tout ça, j’ai ma dignité moi!
MARCEL
Mais oui, mais oui c'est ça!...
Ils s’éloignent, Colin toujours entraîné par Marcel.
Ils sortent par une petite porte qui donne sur la lumière, ils s’y engouffrent tous les deux,
les rayons lumineux les entourent quelques instants avant de disparaître... Les bruits des bêtes redoublent...
SÉQUENCE 11 : Ext./Jour Sortie d’un Discount
Des pièces tombent de temps à autre dans la casquette de Colin...
On l’entend se parler à lui-même.
Des pieds vont et viennent...
COLIN
Il marmonne...
Pourquoi je suis né aussi con moi?... c’est vrai!... Le seul amour de ma vie m’a quitté à cause de ma fille qui me déteste...
Et moi, qu’est-ce que j’ai fait?... Rien !... un vrai blaireau de première qu’est parti la queue basse...
Une pièce tombe... Le plan s’élargit sur Colin avec plein de cigarettes coincées derrière les oreilles..
Merci madame!...Après, il me restait plus rien, alors... Il n’y avait qu’à choisir une guerre au hasard, une autre,
une plus facile…. Mon passé est complètement fini !
Marcel arrive avec un air concentré. Il a un petit sac avec une bouteille de bière, un autre plus lourd et,
son blouson est gonflé ...Tiens! Ça c’est mon présent qui s’pointe!... Hop! Il prend la bouteille et essaye de l’ouvrir...
MARCEL
Allez! Faut pas traîner ici...
COLIN
Aïeuh!Tu me tires toujours par la manche!
Ils se mettent à marcher plus vite...
COLIN
Haletant... Pourtant, j’ai des idées sur les choses de la vie moi!...
MARCEL
Grouille!
Et ils disparaissent au tournant alors qu’un surveillant sort du magasin, les cherchant du regard...
SÉQUENCE 12 : Ext./Jour Rue et Place
Marcel et Colin apparaissent à un angle de rue.
Colin continue son monologue...
COLIN
...Tiens, sur l’éducation par exemple, eh ben je vais t’dire une chose : il faut jamais forcer les enfants! Non!...
la danse, elle n’aimait pas ça la p’tite, alors fallait pas la forcer voilà... puis fallait qu’elle y aille par le bus,
pas avec moi !... Pas avec moi... je l’ai toujours dis!... Hein? Hein, je l’ai toujours dis?...
MARCEL
Toujours concentré sur leur fuite...
Ah çà c’est sûr!
COLIN
Quoi?...
MARCEL
Je dis que ça touche le million !... Viens, on tourne...
Ils prennent une petite ruelle qui monte. Marcel s’arrête deux secondes pour planquer le sac lourd dans un compteur à gaz...
COLIN
Ha.... Parce que même avec moi, son papa... qui pouvait la protéger hein ?... Et ben, et ben... d’y aller
avec le vélo par ce temps, c’était d’la connerie en bâton!... C'était dangereux ! Tandis que le car, ç’est chauffé !
Ça craignait rien ! Déjà qu'elle n’aimait pas y aller, à la danse, hein ?... Je te le demande?...
Elle s'imaginait que je m'en n’occupais pas assez hein?...
MARCEL
Il regarde une dernière fois derrière eux...
Ça y est ! On peut se poser...
Ils arrivent sur une place avec des bancs et un arbre, qui surplombe la ville...
COLIN
Non mais je te le dem-ande?...
MARCEL
Ok ! Lâche cette bouteille maintenant, ça va mousser partout...
COLIN
Par ce que, elle, en attendant, elle faisait ses trucs à elle, je sais pas trop quoi d'ailleurs...
Mais elle ne supportait pas de me voir toute la journée écrire ! Ça sert à rien qu'elle disait !
Ça rapporte pas d'sous la poésie ! Daccord ! Mais ya pas que ça dans la vie.
Elle, elle en gagnait, moi, je faisais autre chose. On ne peut pas tous faire la même chose
dans la vie, ça serait lassant à force sinon.
Regarde, s'il y avait que des clochards sur terre, ça serait ennuyeux non?...
MARCEL
Pas sûr!
COLIN
Mais bon, imagine, ça serait affreux!
MARCEL
Oh oui! Ça puerait à donf'!
COLIN
Non, non, non! Faut pas être pareil, faut pas être pareil sinon c'est comme la guerre, ça fait soldat!
MARCEL
Si tu veux!
COLIN
Il se remet dans ses souvenirs...
Moi j'aimais bien, on avait une grande cheminée à la maison, je m'occupais du bois... J'entretenais le foyer quoi!...
Peut-être même que j'allais pouvoir être édité bientôt...
Marcel déballe les victuailles...
Pendant que Colin continue de parler sans cesse, il sort de sa poche un collier de chien, qu’il se met à triturer...
Puis, de toutes les façons, elle voulait toujours commander! Toujours!Ce vélo... 17 kilomètres pour y aller, 23 pour le retour...
MARCEL
Ah ! problèmes mathématiques ! Combien d'bistrot pendant que t'attendais la p'tite hein mon salaud ?!...
COLIN
Meuh non! Dans l'autre sens, ça montait trop, alors je faisais un détour, c'est tout!...
MARCEL
Mais c’est quoi c’truc là?... C’est le collier du cleps de tout à l’heure !..
COLIN
Dérangé dans son histoire...
Oui. C’est mauvais pour le poil.
Et il le jette par-dessus son épaule, sans y penser tout en enchaînant. Marcel le regard médusé, essayant
de comprendre puis renonce en se replongeant dans ses victuailles...
En plus, il était trop p'tit son blouson tu comprends, elle avait toujours les reins à l'air... C’était débile !
À ce moment, Colin pète un plomb et se flagelle mécaniquement avec sa casquette en répétant :
débile oui débile… Histoire de se rendre la vie compliquée...
Marcel la prend et la jette par terre...
MARCEL
Amusé... Laisse cette casquette, tu vas finir par te faire du mal... Allez ouvre ta pogne et croque- moi ça!
COLIN
Aaaah! Elle aimait ça, sa mère compliquer tout... et moi, pauvre larve, j’ai même pas su imposer mes...
Il s’aperçoit que Marcel baffre avec délices sans porter la moindre attention à lui...
MARCEL
Mmm... Délichieux!
COLIN
Ooooh et puis crotte tiens!
MARCEL
Allez! Mange! ...Fais pas chier avec tous tes cafards, là!Et crois-moi qu’avec ce que je t’ai tartiné dessus
ils s’en remettront pas! Ah, Ah, Ah!...
Allez quoi! laisse tomber hein? ...Te prends pas la tête! Les trucs noirs c’est pas intéressant pour nous...
Il se cure une dent... C’est juste bon pour les riches-heureux qui veulent du contraste... ça fait chic...
Il lui tape sur l’épaule... Rassures-toi t’en as du contraste ! Ah Ah Ah !T’as juste l’air d’avoir un vieux
sparadrap en travers de la figure qui colle depuis trop longtemps... Il l’observe... et t’as l’air d’un pauvre
bougre qui manque d’air.
Il rote...
COLIN
T'es dégueulasse!...
Le thème démarre en fond...
MARCEL
Tout en mastiquant... Merde! La vie, elle est belle Colin !... T’es en vie et c’est génial t’entends ?...
T’es vivant mec, vi-vant hein ?... T’as l’droit vivre alors respire et fais pas chier!...
Colin ne bouge toujours pas...Eh ?... Colin ?... C’est fou ça, on dirait que tu t’rends
pas compte de la chance que t’as finalement !...
Il change le ton pour essayer le jeu...
Allez! lave ta cervelle... Il lui frictionne la tête et le chamaille... et mange-moi ce casse-dalle !
Jettes-toi dessus avec ta misère, elle est là pour ça... puis ton estomac il s’en fout de tes histoires coco !...
Colin commence un tout petit peu à grignoter un bout de son sandwich... Voilààààà ! Parfait!...
Et... Et.... Il cherche dans un sac à côté... ...n’oublions pas le principal : La bénédiction
de notre Bon Vieux Pape, pour l’esprit... Il cherche… l’esprit euh... en général... Il a trouvé
la bouteille et se met au garde à vous... Mon général !... Hi, Hi, Hi, Mon Général !...
Ha, Ha, Ha !... Dis ! À propos d’Papes... Tu sais qu’y en a qui disent que notre Pape il est mou !...
Tu savais ça toi hein ?... Hi, Hi, Hi!... Ils exagèrent quand même non?... Un Pape, déjà, mais mou! !!
c’est rigolo non ?... On dirait un animal heu... genre exotique non ?... Un truc qui vient d’loin quoi !... Le Papemou !...
Ha, Ha, Ha!!......
COLIN
Qui se réveille un peu, tout en mastiquant à son tour... Papemou...
MARCEL
Allez Papemou ! Bois un coup, aujourd’hui c’est dimanche ! Puis comme t’es un peu jeune dans ta tête,
regarde c’que tonton Marcel y t’as mis de côté mon lapin...
Royal, il sort de son blouson une galette des rois dans sa boîte en carton...
COLIN
Il oublie qu’il boudait et crie très spontanément...
Oooooh !!! Une galette !!!
Il commence à esquisser un pas en rythme la galette dans les bras, contre lui...
Papemou... Oooh! Papemou!...
Après l’avoir vidé la bouteille de Vieux pape d’un coup, il jette la papemou-bouteille par terre et commence une partie de foot...
MARCEL
ouaih!... Vas-y ! Passe! Paaasse !...!...
Après quelques passes endiablées, Colin a un malaise... La musique s’arrête.
COLIN
Aaaah...
Marcel le couche sur le banc et attend qu’il retrouve son souffle...
MARCEL
T'inquiète pas, t'inquiète pas Colin...
COLIN
Ou ? c’est où que t’as trouvé l’argent, salop ?! …
On entend la cloche du coin qui sonne... Colin s’endort.
MARCEL
C’est ça, me demande pas, c'est un détail...Les détails, ce n'est pas important... Les détails... c’est les détails.
SÉQUENCE 13 : Ext./Jour Sortie de la brasserie où travail Juliette
Juliette sort de la brasserie où elle travaille, l’air fatigué...
En traversant la rue elle semble se raviser, change de route, sort son téléphone et compose un numéro.
JULIETTE
Allo maman?...
LA MÈRE (off)
Juliette! Comment vas-tu ma chérie?... Tu sors de la fac? J’entends des voitures.
JULIETTE
Oui ! Euh, non... Je voulais te demander... Tu fais quoi là ?…
LA MÈRE (off)
Qu’est-ce qu’il y a ma chérie?...
JULIETTE
Rien. Je te rappelle. J’ai mon bus. Salut!
Elle raccroche et change à nouveau de direction. Rien ne paraît sur son visage...
SÉQUENCE 14 : EXT/NUIT PLACE
On les voit tous les deux, de dos, sur le même banc que tout à l’heure.À leurs pieds, la ville clignote et gronde un peu.
Au pied de leur banc, les fameuses bouteilles de gnôle bien entamées, comme eux...
Colin mange la galette ...
MARCEL
Colin?
COLIN
Quoi?...
MARCEL
Arrête, tu vas te rendre malade.
COLIN
Attends, j'ai pas encore eu la fève.
SÉQUENCE 15 : Int/Nuit chez Jacques
Sur une musique Berbère et un léger brouhaha, l’image de Juliette se reflète dans une théière de cuivre.
On l’y voit en train d’allumer une cigarette...
Un homme aux traits d’Afrique du Nord apparaît sur fond de restaurant...
HASSAN
Arrête ma fille!Fume un bon shilom de temps en temps ou un peu de kiff, mais ne donne pas tes sous aux Américains ! Reste nature !
Puis c’est mauvais pour quand tu auras des enfants!
Il s’assoit à côté d’elle.
Juliette sourit de ce qu’il vient de dire en écrasant sa cigarette dans son assiette où se trouvent des restes de couscous...
HASSAN
Il était bon mon couscous ?...
JULIETTE
Mmmm… Indispensable ! Elle s’étire...
Ils se regardent tendrement. Hassan Berbère, 50 ans, menu de corps dans une chemise bleu roi sous son
tablier de cuistot. Il a les yeux lumineux et mélancoliques à la fois...
JULIETTE
Pourquoi est-ce qu’il s’appelle Jacques ton restau?...
HASSAN
Ça fait plus chic.
JULIETTE
Attends ! Avant ça s’appelait chez François?...
HASSAN
Eh oui ! C’était chic à l’époque.
JULIETTE
Et maintenant, chez Jacques, on mange du coucous!
HASSAN
Exactement! D’ailleurs, s’il veut venir, il est invité.
JULIETTE
Ah. Là, je crois que tu es trop gentil quand même!
SÉQUENCE 16 : Ext/Nuit façade restau “chez Jacques”
La rue est déserte, un chat noir passe en courant devant le restau.
Le rideau est baissé presque jusqu’en bas, on voit un rayon de lumière.
On se rapproche (comme pour le plan de la cage du zoo), tout doucement de cette raie de lumière, et,
au fur et à mesure, on distingue des pleurs...
SÉQUENCE 15 bis : Int/Nuit “chez Jacques”
On les retrouve à la même table, ils sont seuls dans la salle de restaurant.
Un thé fume dans leurs verres, éclairé par deux bougies.
Hassan regarde pleurer Juliette qui n’en finit pas de pleurer dans son grand mouchoir blanc...
Il la regarde avec une tendresse en marmonnant des trucs comme des prières dans sa langue...
Elle a un gros chagrin qui sort comme celui d’une enfant... on croit qu’elle se calme puis...
elle repart de plus belle en s’écroulant sur la table...
Elle finit entre deux hoquets par se calmer et regarde Hassan qui lui fait un énorme sourire...
HASSAN
Ça va mieux?...
Elle finit par lui sourire quand il lui prend la main.
Elle acquiesce de la tête.
Un silence règne entre eux...
HASSAN
Ecoute. Les larmes ç’est fait pour sortir de tes yeux, mais ton histoire ne doit pas quitter ton coeur
par ce que ton coeur c’est ta vie tu comprends?
Mes enfants sont tous restés là-bas, et je suis bien méchant pour eux.
JULIETTE
Mais tu ne les as pas abandonnés!
HASSAN
Oh que si.
La vie se promène de manière bizarre Juliette.
Elle veut essayer de répondre...
Tu as forcément raison, comme lui... Le monde est vaste, parfois on peut s’y perdre. Aujourd’hui tu as un père, qui te cherche.
Et il a raison au moins de ça.
Juliette, l’air têtu, cherche à comprendre...
SÉQUENCE 17 : Ext/Nuit Rues jusqu’à place (suite de séquences)
Juliette vient de quitter Hassan, elle marche dans une rue que longe un mur haut, comme une enceinte.
Elle est bien et semble complètement détendue...
Une main tombe sur le pavé dans un râle de sommeil et le bruit d’une bouteille qui roule...
Juliette qui vient d’entendre quelque chose tourne la tête...
La bouteille roule toute seule...
Les chaussures rouges de Juliette s’arrêtent devant un collier de chien abandonné par terre, celui que
Colin a jeté par-dessus son épaule tantôt...
La bouteille continue de rouler...
Juliette lève la tête vers le haut du mur surplombé par un arbre...
La bouteille vient se briser contre un réverbère...
Juliette entend le bruit de la bouteille cassée qui vient de la petite ruelle juste un peu plus loin et qui monte
vers la place dont elle peut voir l’arbre qui dépasse du mur d’enceinte...
Intriguée 2 secondes, elle poursuit son chemin en haussant les épaules et passe la petite ruelle sans s’attarder.
On ne s’aperçoit pas tout de suite de ce qui se passe, hormis une ombre brusque qui surgit sur Juliette!!!
Ce n’est qu’un chien qui a surgi en lui sautant joyeusement dessus pour la renifler.
Elle sursaute et pousse un cri...
Elle se remet de sa peur en le caressant tendrement...
Une petite fille surgit, elle est adorable et semble étonnée...
LA PETITE FILLE
Bonjour!
JULIETTE
C’est ton chien?
LA PETITE FILLE
Oui. Il s’appelle Trafalgar.
Juliette est un peu dépassée... Tu as eu peur?
JULIETTE
Oui. C’est un coquin ceTrafalgar...
Mais il a l’air très gentil. Tu habites où?...
LA PETITE FILLE
Là... Elle montre une maison au-dessus d’elles, en haut de la petite ruelle... D’habitude c’est papa
qui le promène mais là il est malade.
JULIETTE
Je vais te raccompagner d’accord?...
La petite lui prend sagement la main et elles montent toutes les deux la ruelle vers la maison éclairée.
On les voit de dos, monter la ruelle, et on les entend...
JULIETTE
Tu veux un joli collier pour Trafalgar? Regarde...
LA PETITE FILLE
Tu n’as pas de chien à toi, toi?...
JULIETTE
Non.
LA PETITE FILLE
Il est très joli, je le mettrais à mon tigre!
Arrivée devant la grille, Juliette caresse le chien et réalise qu’il n’a pas de collier...
JULIETTE
Tu n’as pas peur qu’il se perde?
LA PETITE FILLE
Il ne peut pas, il est à moi!
Elle ouvre sa grille, rentre puis se retourne...
Comment tu t’appelles?
JULIETTE
Juliette. Rentre maintenant...
LA PETITE FILLE
Je l’appellerai Juliette!
JULIETTE
Qui ça?...
Une voix de femme appelle de la maison...
LA VOIX (off)
Juju??......
Juliette sursaute...
LA VOIX (off)
Julia ??......
LA PETITE FILLE
En courant vers sa maison... Ben, mon tigre!... C’est une fille en fait !
Elle reste à regarder la maison qui a encore ses décorations de Noël, puis tourne les talons et découvre la place...
C’est une petite place Montmartroise, avec un grand arbre, deux bancs, des réverbères...
Elle s’approche un peu, et, ses chaussures craquent sur du verre pilé, celui de la bouteille qu’elle a entendue
se casser toute à l’heure...
Aussitôt cela la remet dans cette ambiance où ses instincts lui dictaient déjà peut-être quelque chose quand
elle avait hésité à monter cette ruelle...
Elle s’approche du milieu de la place car, maintenant, elle distingue quelque chose...
Les étoiles brillent dans le ciel et Juliette, de dos s’avance vers le centre de cette place où l’on distingue
à notre tour, une masse, une ombre vivante...
Marcel est affalé par terre sur un oreiller en forme d’humain...
Elle en fait le tour pour mieux voir...
Il y a un petit homme, enroulé comme un vers, la tête dans une flaque qui n’a pas de couleur précise.
Sa bouche est grande ouverte et il a d’épaisses lunettes en travers de la figure, retenues
par une ficelle noire accrochée aux oreilles...
Il sert une bouteille contre lui et marmonne une chanson dans son sommeil....
COLIN
L'araignée... gipsy... mais pas du tout Marcel... pas du tout... Non, non, non... Rend- la moi je te dis, rend-la moi...
Et borborygmes divers...
Juliette s’approche encore plus près et, brusquement, Colin se lève vers elle, les yeux grands ouverts!...
Elle recule, complètement effarée, et, figée d’horreur, s’aperçoit qu’il rêve car il retombe aussitôt en toussant
et grognant dans son sommeil...
Peut-être, pour Colin aussi, un peu d’instincts l’ont fait se lever à ce moment, mais....
Une brise se lève sur la place...
On suit les pas et le souffle de Juliette qui coure dans les rues, son visage terrorisé refuse de pleurer...
Et, sur ses images saccadées de sa course, on entend en off, qu’elle ouvre une porte d'immeuble,
monte des marches et des marches, cherche ses clés, ouvre nerveusement sa porte qui claque aussitôt en résonnant...
Et l’image de ses pas qui courent devient floue avec la résonance qui shinte...
SÉQUENCE 18 : Ext/Petit matin La place
On entend quelques oiseaux du matin qui peuvent encore couvrir les bruits de la ville qui s'étire au loin...
Marcel et Colin sont là, à peu près dans la même position. Colin se réveille...
COLIN
Marcel?... Marcel!... Eh! Réveilles-toi ! Dis?... Tu es là?... T’es où?... Marcel?...
MARCEL
Hein! Ouaih! Qu’est-ce qu’il y a?...
COLIN
J’ai fait un rêve...
MARCEL
Marbré de sommeil... T’en as d’la chance!...
COLIN
Hein?...
MARCEL
Je dis que t’as d’la chance!
COLIN
Écoute écoute... Je dormais sur un nuage en sucre glace et y avaient dessus des fleurs genre
gâteau de pâtissier, tu vois?... Tu vois?... Puis y-avait un ciel... Un soleil... Beaux... Genre émotions
profondes tu vois...Puis juste au-dessous y avait une prairie... Oooh, je sais pas moi...
genre moquette à grands poils!... Il rigole en se coinçant la gorge à moitié et en crachant...
Toute verte... mais verte!.. Heu... vert.Puis y avaient des pommiers, avec pleins de jambon
d’York qui pendouillaient et qui sentaient bon... Tu sens?.. Dis?.. Tu sens hein?...
Puis y-avaient aussi des renards , Géants!... en peluche... qu’en faisaient des tranches
tranquillement, pour me préparer un bon sandwich servi comme à l’hôtel... Aaaah...
C’est dingue non?... C’est moi qu’ai rêvé de ça, tu te rends compte hein?...
MARCEL
Je me rends compte que t’es complètement barré ouaih!..
COLIN
Attends! attends! Après ya un ange en forme de barbier qui apparaît et qui se propose
de m’raser pour la fête des pères!....
MARCEL
Ben c’est pas très efficace en tout cas!...
COLIN
Attends, attends! Suis-moi!... Tu me suis?... Et là, tiens- toi bien, d’un seul coup y a Zeus en personne
avec tous ses éclairs et son bastringue de Dieu qui dégringole de l’Olympe et qui se pointe avec nous ...
Il se lève et imite Zeus en train de serrer des mains imaginaires...
Monsieur, Monsieur, bonjour, enchanté, très heureux... et on picole tous du nectar d’Ambroisie en chantant des conneries et
... avaient des femmes... Heu?... Des femmes. Il n’a en fait rien à dire sur ce sujet...
MARCEL
Des gonzesses?... Aaaah, je préfère ça mon salop!... J’préfère ça...
COLIN
Et tu veux que j’te dise le plus beau?....
MARCEL
Ah ben vas-y tiens!... Je t’écoute!...
COLIN
Hein?... Je trouvais ça très normal, oui, vachement normal Non de Dieu... Normal oui... Il a froid...
rien du tout… J'étais bien.
MARCEL
Ah mon vieux poteau va! ... Allez... Et il le prend dans ses bras en le frictionnant virilement
quand la tendresse devient gênante...
COLIN
Eh?... tu pues...
MARCEL
Bon, ben... C’est pas tout ça mais on peut pas rester là, on va s’attirer des ennuis
et on va se faire griller par les bleus...
COLIN
Ah ! Encore...
MARCEL
Allez viens... Il s’affaire à tout ramasser autour d’eux...
COLIN
Marcel, Marcel... Dis, dis... Les p’tites filles... ça aiment bien les gâteaux non?...
MARCEL
Ben, ça dépend!
COLIN
Ils s'éloignent... Des gâteaux?...
MARCEL
Mais non !Des p’tites filles!... Allez pointe to i!....
On s’aperçoit que la petite fille de la veille les observait de son jardin qui surplombe un peu la place...
Elle tient dans ses bras un tigre en peluche qui a un joli collier de chien autour du cou...
LA PETITE FILLE
T’en fait pas Juliette, ils vont s’en aller maintenant.
NOIR
SÉQUENCE 19 : Int/Matin Chambre Juliette
Le réveil sonne...
Une main tombe dessus. Juliette, complètement épuisée, essaye lourdement de se lever,
s’assoit sur son lit, regarde sa chambre en désordre...
Elle se lève en traînant les pieds, des valises jusqu’aux chaussures, et elle met de l’eau à bouillir...
Elle commence à mettre du dentifrice sur sa brosse à dents et, au moment de commencer à se les laver, elle se croise dans la glace...
Juliette reste en arrêt de stupéfaction sur son visage!
Elle s’imagine, (toujours en se voyant dans la glace), en train de finir de s’habiller, de descendre les escaliers
en courant, de prendre le métro, d’arriver à la brasserie ou son patron, (fantasmé diabolique) l’engueule
et lui donne des ordres... elle court avec des plateaux énormes, en sueur, etc...
Juliette toujours devant sa glace revient à la réalité. Elle vacille sous le poids des prédications de la journée à venir...
Plus tard…
Le téléphone est débranché...
On retrouve Juliette, profondément endormie dans son lit comme une bienheureuse...
Les sirènes du premier mercredi du mois sonnent midi dehors, et elle se met sous son oreiller...
SÉQUENCE 20 : Ext/Jour rue des palissades
Marcel sort d’un terrain vague où une pancarte annonce un futur chantier. Il replace la planche par laquelle
il vient de se faufiler...
À la sortie de la ruelle, sa jambe le lance. En se baissant pour se frictionner, il perd l’équilibre.
Une voiture qui passe à ce moment-là klaxonne, l’évite de peu, mais elle ne s’arrête pas alors
que Marcel est par terre, hors de lui...
MARCEL
Oh du mou ! Va donc reluire ta vie économique ailleurs t'entend??... Espèce de..., espèce de...,
d'humain va!... Ouaih, sale humain! Sale dégoûtant propre, sale pourii !!!.....
Sa voix se perd dans les bruits de voitures et d’aboiements de chiens...
NOIR
SÉQUENCE 21 : Int/Jour Escaliers immeuble Juliette
Un doigt appuie le bouton d’une sonnette...
Colin est devant la porte rouge de Juliette, un gâteau empaqueté par une ficelle au bout de son doigt...
COLIN
Juliette?... C’est moi!... C’est Papa!
SÉQUENCE 22 : Int/Jour chambre Juliette
Nous sommes dans la petite chambre de bonnes où Juliette ne s’est toujours pas réveillée.
On entend Colin frapper à la porte tout en visitant les murs blancs de la chambre
avec plein de cadres vides accrochés.
Juliette sursaute.
Elle dormait profondément et ne réalise pas tout de suite mais elle enfile un grand pull
et s’assoit sur son lit, regarde le réveil et tire le rideau, le jour l’éblouit, elle réalise que c’est la porte...
COLIN
Juliette?... C’est Papa! Tu es là?...
Elle hallucine complètement et s’avance vers la porte, l’ouvre et Colin apparaît, un sourire ravi-radieux-idiot aux lèvres.
Elle est plutôt sombre et le regarde sans le regarder, comme à l’intérieur d’elle-même, ou de lui...
COLIN
Heu... Bonjour!
Juliette, comme hypnotisée, met sa main dans le bocal qui est sur la cheminée, juste à côté de la porte.
Elle y prend une poignée de pièces jaunes, la regarde et, s’avançant vers lui, elle lui jette à la figure...
Les pièces roulent par terre...
JULIETTE
Je ne viens pas de toi tu m’entends?...
La porte se referme sur Colin qui reste figé quelques instants, puis, docilement, il va pour s’éloigner.
Puis il revient car il a oublié de laisser le gâteau qu’il suspend délicatement par sa ficelle à la porte et, il s’éloigne doucement ...
NOIR
SÉQUENCE 23 : Ext/Jour fenêtre
Juliette est à la fenêtre de sa chambre, en train de regarder Colin s’éloigner...
Elle mange une tarte aux fraises.
SÉQUENCE 24 : Int/Jour Quai de métro
On est sur les quais du métro, les rames passent.
Colin tourne en rond devant Marcel...
Derrière une pub hyper-sexy pour Morgane ou quelque chose comme ça...
COLIN
Ne ment pas! Ne ment pas!...
MARCEL
Mais non j’te dis...
COLIN
T’es trop con!
MARCEL
Mais écoute...
COLIN
Aaah! Ments pas hein?..
MARCEL
Mais j’te jure !...
COLIN
Ah ! Tu jures ! Menteur, menteur...
MARCEL
Mais écoute j’te dis!...
COLIN
Ecouter quoi?... Tes conneries de zonnard qu’à toujours une explication pour rouler son monde tiens ! Salop !...
MARCEL
Mais arrête ! T’hallucine mec !
COLIN
Tu sais ce que t’as?... T’as peur !... Oui ! T’es qu’un lâche! T’as peur...
MARCEL
Moi peur?... Même pas ! Vas-y frappe-moi, frappe-moi j’te dis !... Qu’est-ce que t’as?.. T’hésite? Alors me fait pas rire hein?...
COLIN
Moi, j’ai encore juste un truc qui me touche dans la vie alors tu vas pas me le bousiller t’entends?... T’avais pas le droit!
MARCEL
Alors c’est toi qu’as peur.
COLIN
Ouaih, de ce que t’as été lui dire... T’en crèves hein?... C’est ma fille et t’avais pas le droit de pas respecter
ça..Tu nous as trahi comme un vulgaire clodo qu’à plus que sa pomme à défendre sans plus rien d’humain
à l’intérieur!... Tu m’dégoûtes ! j’ai envie de te faire du mal... Mais, mais j’aurais l’impression d’écrabouiller
une serpillière trop dégueue pour qu’on y mette les pognes tiens!...
MARCEL
Oh l’autre! Comment il me parle! Non mais... Dis donc ! tu crois que tu es quoi toi, hein?... Pour qui tu te prends Non de Dieu?...
COLIN
Ouaih ! D’accord ! Moi aussi je suis p’être qu’une cloche mais, ... mais il me reste un coeur moi !...
MARCEL
Aaaah... Galéjades!!!
Colin, hors de lui, lui met un coup de pied... Marcel, menaçant et nettement plus fort que lui
se lève pour lui en mettre une, mais Colin fila à 10 mètres...
MARCEL
Tu l’aurais pas un peu abandonnée dis, hein?..
COLIN
Ça, c’est pas tes oignons!... C’est pas tes oignons!...
MARCEL
C’est vrai !... mais dis-toi bien que t’as rien de plus que moi pour autant !Rien de plus que moi du tout! T’entends?...
Rien d’plus que moi...
COLIN
Si ! J’ai encore envie d’aimer moi ! J’ai encore envie d’aimer... Puis j’veux qu’on m’aime aussi !..
MARCEL
Oooh ! Félicitations ! Ah mais ça, c’est formidable !... J’ai encore envie d’aimer moi ! Ah, Ah, Ah !!....
Puis j’veux qu’on m’aime aussi!... Ah Ah A h!....
COLIN
J’vais te casser la gueule!...
MARCEL
Ah! Nous y voilà !... L’autorité et les poings qui vont avec hein?.. Papa !!!.... Suffit pas d’être un taré pour être clochard !...
Ça demande des années d’efforts figures-toi !
Colin continue de mouliner dans le vide pendant que Marcel le maintient...
Mais oui, regarde-toi ! T’as pas de liberté au ventre ! Il cherche... T’as pas la misère souple c’est ça!...
Moi, j’ai peut-être la misère des égoïstes, des voleurs, ouaih ! mais ma misère, elle n’emmerde pas l’monde !...
Allez, ouaih, je t’ai menti, je t’ai pris ton fric, et puis l’sien... et tu sais pourquoi?...Tu veux que je te dise pourquoi hein?...
tu veux que je te dise pourquoi?
COLIN
Pourquoi ? salaud !
MARCEL
Et bien j’vais te le dire... parce que, parce que... Tu n'as même pas eu l’cran de t’adresser à elle,
t'as pas oser venir toi-même voilà !... Et que ça ça m’a... Il cherche... Ça m’a... à mort même.
Et puis ça m’a trop tenté voilà !
COLIN
T’es un vrai salaud ! Puis t'es un voleur ! Sale voleur !
MARCEL
Elle est mignonne ta gosse, fallait pas lui faire ça, c’est tout ! Moi j’en ai avant tout profité comme un clochard,
comme un pauvre gueux qui est de toutes les mangeoires !...
Je ne vaux pas grand choses et alors?...
Au moins je le sais ! Je me fais pas d’idées moi!... J’suis pas un troubadour poète ou un personnage
à la con qui passe sa vie à se toucher avec ses problèmes imaginaires... Colin arrive à lui coller une baffe,
mais Marcel est exalté et sans répondre, il continue... J’ai choisi moi!... Je suis Marcel le clochard!...
Et j’veux bien respirer l’air de ma p’tite vie tranquillement, égoïstement dans mon coin, dans mon trou comme un rat...
Je fais de mal à personne moi... J’suis Marcel le clochard Monsieur et j’aime ça !...
COLIN
Ah bon t’aimes ça?...
MARCEL
Un temps de surprise... Heu... Oui... J'aime ça... Puis, il s'énerve... Ouiii, j’aime ça!... J’aime ça !.... J’aime ça !!!...
Et tu crois que je le sais pas que je vais crever tout seul sans personne ?.... Mais j’assume. J'assume.
Il s’énerve pour de bon et rejette Colin au loin...
COLIN
Ouch!...
MARCEL
J’suis pas un névrosé de la dernière heure qui se calcule des bouées de sauvetages et des filets d’cirque là,
pour quand il en aura fini de jouer avec le drame et les gens !!!!.... Alors lâche-moi !... Lâche-moi !...
Lâ-che-moi-!... puis il monte dans la rame qui arrive...
COLIN
Bien secoué, il sort sa rengaine de manche habituelle mais de manière pas très commerciale...
M'sieurs-Dames bonsoir ! Sachez qu'un jour, on reverra tous notre Normandie! Alors en attendant, un p’tit calva
pour le voyage me ferait pas de mal, c’est mon docteur qui l’a dit ! Sortez vos portefeuilles
en fesse d’autruche et j’vous serais bien reconnaissant de...
Les portes du métro se ferment...
La rame s'éloigne...
Puis tous les bruits se mélangent dans une ronde de sons métalliques et de distorsions étranges...
La tête de Colin semble exploser...
COLIN
Nooooooonnn!!!!....
Puis, Colin se retourne et il réalise que le métro est parti, le tunnel est vide. Seul, le bruit lointain de la rame résonne encore un peu...
Plus tard…
Colin est seul, prostré sur un fauteuil, le regard dans le vide. Depuis combien de temps?...
LE HAUT-PARLEUR
Mesdames et messieurs les voyageurs, le dernier métro étant passé, nous vous invitons à regagner la sortie
afin que nous puissions fermer la station, merci.
Ses yeux sont fixes. Il s’avance sur le bord du quai
SÉQUENCE 25 : Int/Lieu Carte de Paris
Sur une carte murale de Paris, avec des points qui clignotent, genre carte de commissariat, on entend en off, une conversation
radio d’un camion de pompiers qui roule à toute allure, sirènes ouvertes...
VOIX 1
Oui, la 816 pour La Pitié aux urgences...
VOIX 2
La Pitié, 816 je vous écoute...
VOIX 1
On a un suicide, un sans-abri.
VOIX 2
Quel code?..
VOIX 1
Yen a pas! C’est un chanceux!
VOIX 2
Il est mort ou pas votre clodo?
VOIX 1
Il est tombé sur les rails du métro, mais ils ont coupé l’électricité à ce moment-là!
VOIX 2
Unique ! Bon, pas d’réa alors?...
VOIX 1
Si ! Coma éthylique ! Tu l’entendrais ! Il se croit au paradis et il nous traite tous d’enculés ! Il a une sacré patate le vieux,
je lui ai fait un Gardénal, j’ai peur qu’il explose en vol moi !
VOIX 2
T’inquiète ! Ils ont la vie dure quand même!
VOIX 1
Tu l’as dit !
SÉQUENCE 26 : Ext/ Jour La petite place
Juliette revient sur la petite place qui est déserte cette fois-ci.
Elle s’assoit sur le banc et regarde la ville...
Elle repense à ce qui s’est passé, quelques jours plus tôt, à l’hôpital...
SÉQUENCE 27 : Int/Jour Flash-back Hôpital
Juliette entre dans la chambre où se trouve Colin qui dort...
Juliette est assise en train de le regarder dormir...
Juliette regarde par la fenêtre, Colin, derrière, dort toujours...
Juliette s’embête sur sa chaise et elle veut partir, puisqu’il dort toujours.
Puis, au dernier moment, dans l’entrebâillure de la porte, elle se ravise et s’approche du lit de son père...
Elle s’approche encore jusqu’à être tout près de son visage. Les lèvres remuent à peine. Elle rapproche
sa chaise et reste tout près, à le regarder, à le scruter...
En voix-off, une discution va commencer entre eux, comme un non-dit, comme une pudeur qui empêcherait
que cela se fasse autrement que par la pensée...
COLIN (off)
Écoute... Je sais que j’ai tout à me reprocher... Juliette?... Tu es ma fille...
Juliette a les yeux qui brillent...
Et tous les mots de la conversation, qui ne pourront pas sortir de leurs bouches, passeront à travers leurs regards...
JULIETTE (off)
Ben allez ! Tu ne m’as même pas reconnue alors ne me fait pas la frime du père blessé sil te plaît!
COLIN (off)
De quoi tu parles?
JULIETTE (off)
Laisse tomber!
COLIN (off)
Juliette... Je t’ai pas eu dans mon ventre moi !..
JULIETTE (off)
Moi, ça fait 20 ans que je t’ai en travers de la gorge!
COLIN (off)
20 ans...
JULIETTE (off)
Ouaih.
COLIN (off)
Tu m’as oublié?
JULIETTE (off)
Ouaih. J’ai ma vie devant moi et c'est pas grâce à toi t’entends?... Tu disparaîtras dans l’oubli
sans avoir jamais rien semé, jamais!... Même pas ton sperme qui t’as échappé comme une impuissance!...
COLIN (off)
T'as d'ces mots...
JULIETTE (off)
T’es une pierre tombale que plus personne vient nettoyer parce qu’il n’y a plus de croyants dans la famille!..
Elle va pour s’en aller quand Colin qui s’est réveillé l’interpelle en marmonnant.
COLIN
Ben c’était préparé ce truc-là quand même!
Surprise qu’il se soit réveillé, elle ne se démonte pas pour autant...
JULIETTE
J’ai eu le temps en effet...
Et elle claque la porte...
Fin du flash-back.
SÉQUENCE 26 BIS : Ext/Jour Place (suite)
La porte résonne encore dans la tête de Juliette, toujours assise sur le banc...
La petite fille au tigre en peluche vient la rejoindre...
JULIETTE
Bonjour, Julia!
JULIA
Qu’est-ce que tu fais?...
JULIETTE
Je ne sais pas, j’attends...
JULIA
T’attends quoi?
JULIETTE
Je ne sais pas justement. Je ne sais pas...
JULIA
Tu as l’air triste hein!?... Je te prête Juliette si tu veux! Elle lui donne la peluche... Juliette la prend et reste pensive...
Ça va mieux?... Juliette la regarde en souriant...
SÉQUENCE 28 : Le rêve de Juliette
28 a : Int/Nuit Chambre de Juliette
Juliette est dans son lit.
Il fait sombre autour d’elle. Une sirène de police vient troubler le silence et déchirer la pénombre d’un gyrophare bleu
qui vient rayer les murs de la chambre à travers le store baissé...
Elle ouvre ses yeux qui restent fixes...
Elle ne dort pas et soupire, sans bouger...
Juliette a les yeux fermés maintenant. Sa respiration est régulière...
Une ambiance de vent et de bruits de cours de récréation résonne...
28 B : Monde onirique du rêve
Juliette avance dans le vide. Des bruits de tempête grondent...
Des petits papiers volent autour.
Un air de piano monte...
Une affreuse pianiste rousse et vieille, aux doigts crochus joue du piano avec un sourire bienveillant, mais elle est tellement laide...
Un parquet immense en damier noir et blanc.
Les bords se perdent dans les ténèbres où des étoiles s’allument une à une.
Des touches de piano s’enfoncent...
Elle apparaît en tutu et elle danse…
JULIETTE (off) :
J’étais souple.
Je pliais.
Je faisais des jolies courbes...
C’était joli...
Puis j’ai grandi un peu... Un faux accord tombe, elle s’arrête de danser et le silence s'installe...
Un brouhaha de voix de femmes de tous âges arrive et vient envahir l’espace.
Juliette, dans une lumière étroite car la pénombre est tombée, se met à tourner sur elle-même et répète en échos tout ce qui se dit...
LES VOIX ET JULIETTE EN ÉCHOS
“Fais ci, fais ça, tiens-toi droite, seconde ! De la grâce que diable! Mon enfant ! Allons ! Plus tendue la jambe !
Mademoiselle ! Voulez-vous bien vous redresser ! C’est pour ton bien ma chérie ! cambre! Tiens-toi droite !!!
Tirez vers le haut ! Tire sur ta tête ! Mouche-toi Juliette ! N’écarte pas les jambes voyons ! Ne répond pas! Obéis
et ne pose pas de question ! Tu nous dois le respect !!! Ne l’oubli pas... Tu n’as qu’à obéir ma chérie...
Voilà, bien sage ! Que cette enfant est pleine de distinction ! Vous pouvez en être fière ! Elle semble très bien éduquée !
C’est parfait ! Quel beau sourire !!!”
Juliette est assise par terre, les yeux fermés, comme droguée....
LES VOIX DES MÈRES
“Oh, comme elle est jolie cette petite fille!"
" Aaah, comme elle danse bien!”
"Regardez son tutu comme il est bien coupé!"
"Oh, je fais tout moi-même!"
"Vous avez vu son chignon?"
"Elle a de la tenue n'est-ce pas?"
"Et en classe, comment est-elle?" (Etc...)
JULIETTE
La jolie p’tite fille elle vous dis merde!!!...
LES VOIX DES MÈRES
"Juliette!!!..."
Le brouhaha offusqué s'éloigne et une tempête de mer se fait entendre...
On retrouve Juliette accoudée à un bar, en clocharde, un verre à la main et complètement saoûle,
en train d’expliquer très naturellement à Colin, habillé propre et classe, qui l’écoute, fume-cigarette
à la main et distingué comme un bourgeois...
JULIETTE
C’est tout ce que j’ai trouvé à leur dire...
Ma souplesse naturelle était partie et la leur, trop rigide, a joué à l’amidon avec mon rire qu’était devenu aussi impeccable que du beau linge!...
Colin se met à rire en se moquant d’elle... Juliette en panique se prend la tête dans ses mains et se met à fuir dans les ténèbres du début.
Elle devient de plus en plus clocharde et pocharde, alors qu’elle court en disant...
Maman?... T’es où?... J’ai une chambre en forme de boite et des pavés en forme de père! T’as foutu quoi au juste?...
Toutes les mères croient qu'elles sont bonnes!
T’as joué à quoi?... Yen avaient pas des poupées pendant la Guerre!!!!
Un bruit de manège vient s'égarer quelques secondes...
Pourquoi il n’y avait pas de photos de papa à la maison maman ? À quoi il ressemble vraiment?... Si c’est lui que j'ai vu, là, faudrait
qu’il se lave, c’est dégoûtant... Tu ne m’as jamais rien dit... Je ne savais pas moi! Je ne savais pas. Merde!!!!
LA VOIX DE LA MÈRE
(Comme au téléphone, s’approchant...)
Ma chérie...
JULIETTE
Non! Laisse-moi!
Elle s’éloigne au loin en hurlant...
Elle arrive sur la petite place déserte, de nuit. Elle est complètement essoufflée...
Je voudrais être poète et je suis mal barrée par ce qu’il n’y a plus de place, regardez ! regardez !!! ...
Les clochards s’amoncellent les uns, les autres jusqu’à envahir la place...
Je voudrais jamais me réveiller pour être dans un monde où l’on dit des choses belles, où l’on ne sent pas mauvais,
où l’amour est autonettoyant et où les problèmes sont l’anti-matière d’un univers inconnu que l’imagination n’imagine même pas...
Où les enfants, ça n’existe pas puisqu’il n’y aurait pas de parents non plus, comme ça y aurait plus de blessures
qui grandissent comme des maladies à l’intérieur de nos coeurs...
Et puis, il n'y aurait pas de coeur non plus, comme ça on arrêterait de se rendre chauve toute la journée pour savoir
si on en a ou pas, du coeur...
Elle s’essouffle et s'assoit au milieu des clochards quand Colin, toujours en bourgeois, apparaît, souriant.
Puis de plus en plus dément, il se remet à rire, comme un fou.
Il est transformé en clochard tel qu’on le connaît mais avec des tubes partout comme à l’hôpital, puis, en squelette
qui continue de rire, de rire...
On entend quelqu’un qui cogne à la porte...
SÉQUENCE 29: Int/Nuit Chambre de Juliette
Juliette se réveille en bas de son lit. Elle a transpiré, elle a les yeux hors de la tête...
Elle se lève et se secoue, toute choquée du rêve qu’elle vient de faire...
Elle se dirige vers sa fenêtre qui s’est ouverte dans la nuit.
Puis, elle entend seulement les coups à la porte...
Juliette reste figée, regardant sa porte derrière laquelle quelqu’un toc, doucement...
Quelques secondes plus tard, Juliette, butée, écoute partir les pas dans l’escalier, le coeur fendu d’être aussi bloquée...
Elle reste là, le visage barbouillé, dur et boudeur quand le téléphone sonne, elle laisse le répondeur répondre...
MESSAGE DU COLLÈGUE
Juliette! Qu’est-ce que tu fous merde!? Le patron est déjà furax pour l’autre jour, mais alors là, c’est terrible !
Tu le connais quand même! T’aurais pu prévenir! J’ai fait ce que j’ai pu ma puce mais si tu ne débarques pas ce soir,
j’e te promet vraiment rien... Puis je suis inquiet moi ! Appelle chez moi au moins dac?... Bises. TUUUUUTTTT.
Juliette, qui écoutait le message sans bouger un poil, se jette sur son répondeur et le jette par la fenêtre.
Elle prend son agenda, son téléphone, les bottins, et elle jette tout par la fenêtre!...
SÉQUENCE 30 : Ext/Nuit Rue
Des chaussures en cuir craquent en marchant sur le bitume. Les pas, mal assurés, dénoncent une franche douleur
des pieds de la personne qui les porte...
Après quelques pas, les chaussures font demi-tour et rebroussent le chemin d’un pas plus tonique, malgré les douleurs...
NOIR
SÉQUENCE 31 : Int/Nuit Chambre
De l’eau commence à bouillir dans une casserole...
NOIR
SÉQUENCE 32 : Ext/Nuit Escaliers
Les mêmes chaussures montent des marches, toujours en craquant...
NOIR
SÉQENCE 33 : Int/Nuit Chambre
Juliette assise sur son lit est en train de regarder l’eau qui bouillonne en premier plan. Elle réfléchit, enveloppée
dans un grand pull, en fumant une cigarette...
Elle entend les pas qui reviennent... Elle ne bouge pas, mais, comme un animal, reste à l’affût, tendue...
Des pieds sur le plancher.
Des feuilles de menthe, jetées dans l’eau frémissante, se mettent à tournoyer, tournoyer...
SÉQUENCE 34 : Ext/Nuit Escaliers
La minuterie s’arrête, le noir tombe sur les chaussures...
NOIR(Dans le noir, on entend un chat miauler...)
SÉQUENCE 35 : Int/Nuit Couloir immeuble porte de Juliette/Chambre de Juliette (en alternance)
Colin est assis dans le couloir de l’immeuble de Juliette, derrière la porte rouge de sa chambre d’où sort une raie de lumière...
Il est habillé proprement, il a ôté ses chaussures qui sont à côtés de lui, on entend le tic-tac de la minuterie...
Il est en pleine conversation avec sa fille...
De l’autre côté, Juliette est également assise contre sa porte...
COLIN
Bon, tu m'ouvres?...
JULIETTE
Non! ...On l’entend qu’elle met de la musique...
COLIN
Écoute Juliette, ça fait dix fois que je viens. Maintenant, tu me réponds quand je te cause, c’est super, mais...
Elle chante sur la musique...
Oh! Ce que tu es mauvaise tête quand même!
La minuterie s’arrête...
Merde!
Colin sans bouger prend le tuteur qu’il y a dans une plante verte à côté et appuie sur le bouton avec.
JULIETTE
Pour elle-même...
Si tu savais comme tu m'énerves!…
COLIN
Un temps... Écoute, écoute-moi...
JULIETTE
Écouter quoi?... Tu ne vas pas me raconter ta vie tout de même non?! D’abord, la vie c’est une excuse pour personne!
COLIN
Chuuuutttt....
Nos vies ont été séparées, c’est vrai. J’ai joué au poivrot, c’est vrai, t’as pas choisi les règles du jeu, d’accord !
mais je voudrais juste que ce soir, là, tu m’écoutes... simplement te dire... Il se sort son paquet de tabac pour se rouler une cigarette
et il se la joue un peu romantique... chespas, tous mes regrets quoi!
JULIETTE
Regrets mon cul oui!
COLIN
Ce que tu es vulgaire!
JULIETTE
C’est vrai que tu es d’une distinction!
Juliette, de son côté, éteint la musique et va s’enfermer dans sa douche Elle lui hurle...
Vas-t-en!!!
Un autre voisin, au-dessus, en tapant au plafond, hurle à son tour...
LE VOISIN DU DESSUS
C’est pas bientôt fini ce boucan!!
COLIN
Il entend qu’elle prend une douche et, patient, il se pose pour attendre...
Je te dois 20 ans, alors...
Plus tard…
On le retrouve, quelque temps plus tard, en train de parler...
De l’autre côté, Juliette l’écoute, répond, etc...
Et le temps passe, et ça continue...
SÉQUENCE 36 : La nuit s’éclaircit sur la ville
C’est la fin de la nuit sur les toits de Paris, il y a du vent...
Puis les nuages se poussent un peu, un bout de ciel se laisse rosir au loin par le soleil...
SÉQUENCE 35 (suite) : Couloir Juliette/Chambre Juliette (alternance)...
Des heures se sont passées, Colin barbe poussée finit son explication...
COLIN
... Par ce que je t’aime.
JULIETTE
Un temps de déglutition. Juliette s’étouffe avec quelque chose...
C’est malin!...
Juliette, elle aussi avec une nuit sur les traits, est en train de piocher à même une boîte de conserve de lentilles...
Oh et puis c’est bien beau de mettre des sentiments sur le passé... De pleurer sur les distances, ça fait joli hein?...
Tous ces conditionnels...
Mais dans la vie, quand c’est pour sa pomme et qu’on reste sur le quai, ça change vite de couleur tu vois...
Et elle se remet à manger...
COLIN
C’est marrant ça!... Déjà toute petite t’étais déjà comme ça!... Ah mais quelle espèce de tchatcheuse tu fais bon sang,
c’est pas vrai ça!... Bon... Je suis pas dans la position pour te filer des conseils, d’accord!... Mais tout à l’heure,
t’as dis que la vie, c’était une excuse pour personne alors moi, je rajouterais que les malheurs ou les problèmes,
c’est pas une excuse non plus!... Voilà...
Il s’allume la Xeme clope...
Moi, j’ai pas compris ça avant, eh ben, lâche-moi aussi ! T’es pas obligé d’mîmiter hein???...
JULIETTE
Genre je t’imite !
COLIN
Ben alors soit heureuse et fais pas chier avec ta mauvaise humeur constante là!
Et laisse moi être ton papa juste une seconde pour te dire ça, c’est tout.
Même si d’habitude c’est les papas qui sont es plus forts du monde, ben tant pis, tant pis, nous, on n’a
pas les mêmes règles que tout le monde, alors, forcément, on fait rien comme personne, c’est tout... c’est tout...
JULIETTE
C’est tout, c’est tout... Si tu crois que c’est facile d’avoir un père qui part, un père qui revient pas, puis,
un beau jour, un père clochard, qui se pointe avec le coeur au regret et la larme à l’oeil pour vous dire
c’est comme ça et puis c’est tout... Non mais je rêve!... Et moi, je vais te dire un truc... Aaaaatchoummmm!!...
COLIN
Euh, à tes souhaits!... T’éternue fort dis-donc!
JULIETTE
Une série d’éternuements survient et ça fait marrer Colin... Juliette le prend très mal et, se mouchant, elle s’énerve sérieux...
Tu ramasses toute ta batterie de regrets là, et tout ton tralala de Rédemption paternelle de mes deux,
et tu te barres !!! Et c’est tout ya rien à dire et c’est... c’est... AAaatchouuummmm!!!
COLIN
Il se met en colère... Ah ya rien à dire?... Ah ya rien à dire?... Eh ben, eh ben, je vais dire une chose quand même moi, ...
LA VOISINE HYSTÉRIQUE
Après la série d’ouverture des 15 verrous, elle sort en furie sur le palier, dans les aboiements
d’un roquet épouvantable qu’elle tient dans ses bras... C'est pas bientôt fini ce bouquant? ...Ah ces gitans avec leurs bamboulas de nuit ! J'appelle les flics moi !...
Colin la regarde, étonné, il n’est pas gitan et ils ne font pas la fête mais... la minuterie s’éteint de nouveau...
COLIN
Vous pouvez rallumer la lumière tant que vous êtes debout s’il vous plaît?...
Elle ne répond rien et claque la porte...
COLIN
Plus bas, dans le noir, mais toujours en colère...
C’est que les infirmes de la vie comme tu dis si bien, eh ben, ils ne sont pas forcément doués d’un sixième
sens pour se laisser mourir à la naissance, sentant à l’avance que leur vie, elle sera ratée!...
Puis en tapant sur la porte pour appuyer ce qu’il dit...
Puis ça prouve peut-être qu’y a toujours une chance pour faire mieux... Tu voudrais ma mort peut-être?
Eh ben, j’ai essayé figure-toi ! Ça ne marche pas !!!
Et puis, faire des mômes, ça s’commande pas au Père Noël!... La vie c’est plus compliqué de la vivre comme on peut,
que de bien en parler comme tu fais toujours, là, avec tes mots méchants... Alors ça va hein?... Ça va !...
C’est quoi ta vie à toi d’abord hein ?... Ah madame ! Elle peut prendre des douches tous les jours ! Mais pourquoi faire hein?...
Tu’es en train de la réussir ta vie là?!...
JULIETTE
Bon, ... t’énerve pas...
COLIN
J’m’énerves pas. Mais t’es pas drôle là, avec ta carcasse de vérités en boîtes... C'est rien que de la bouche et c’est énervant à la fin!...
En rallumant avec le tuteur de la plante...
C’est dur pour moi...
Un chat s’est posté en face pour l’observer...
JULIETTE
Toi non plus t’es pas drôle ! J’suis plus p’tite que toi moi ! C’est pas la peine de jouer au père si c’est pour dorloter tes douleurs !
COLIN
Mes douleurs... mais c’est toi ma Juliette!...
JULIETTE
Ppfff!...
COLIN
Après toutes ces années, maintenant que je peux te parler, t’imagines pas que je vais te raconter des bobards non?...
JULIETTE
Oooh!...
COLIN
Oh et puis tu peux me lancer ce que tu veux va... J’suis tellement content de m’engueuler avec toi tu sais!...Le chat vient se poser sur ses genoux...
JULIETTE
Papa?...
COLIN
Mmmm?...
JULIETTE
C’est vrai que t’y vois presque plus?...
COLIN
Ben... L’accident..
JULIETTE
Quel accident?...
COLIN
T’as oublié?... C’était l’hiver et tu avais juste cinq ans...
SÉQUENCE 37 : Souvenir, Ext/Jour Campagne enneigée
Un vent d’hiver monte, les images se superposent...
Le souvenir apparaît avec en off, les voix de Juliette et Colin...
Un paysage de campagne enneigée apparaît...
JULIETTE(off)
J’allais à la danse à cette époque...
COLIN (off)
Ouaih...C’était le mercredi matin...
JULIETTE (off)
... Et j’aimais pas ça...
COLIN (off)
Je sais, et je voulais pas te forcer!
Colin et une petite fille font du vélo sur une route enneigée, il fait froid.
Le vent monte encore...
Un virage, un petit ravin, le vélo dont la roue tourne encore est au fond...
COLIN (off)
Ouaih. Il neigeait, y avait de la glace et ...
JULIETTE (off)
Je me rappelle maintenant... Ma cicatrice sur mon genou...
Colin assis par te